Bitcoin, Tesla et stations de recharge : qui gagne vraiment de l’argent sur la transition énergétique

La semaine dernière, je regardais la courbe du bitcoin sur mon écran pendant que ma femme cherchait une borne de recharge pour notre vieille Zoé. Deux mondes qui n’ont rien à voir, en apparence. Et pourtant, l’un alimente l’autre depuis trois ans maintenant. Les mineurs de bitcoins sont devenus, sans que grand monde le remarque, des acteurs majeurs du marché de l’électricité.

On m’a souvent demandé où je trouvais mes sources quand j’écris sur ces sujets. Honnêtement, je picore un peu partout, et je suis tombé récemment sur https://monazimba.fr/ qui couvre l’actualité générale avec un angle parfois différent de celui des médias spécialisés en finance. Le genre de site où l’on trouve un article sur les tarifs d’EDF à côté d’un papier sur la fiscalité des cryptos. C’est utile, parce que la transition énergétique ne se joue pas seulement dans les rapports de la CRE.

Revenons aux faits. Un mineur industriel branché sur le réseau du Texas consomme en moyenne 30 à 40 mégawatts. C’est l’équivalent d’une petite ville de 25 000 habitants. Sauf que ce mineur, lui, peut s’arrêter en trente secondes si le gestionnaire de réseau le lui demande, et redémarrer aussi vite. Aucune usine chimique ne fait ça. Aucun data center classique non plus, ou mal.

Le vrai business n’est pas là où on le croit

Les investisseurs particuliers qui achètent du bitcoin en pensant faire fortune ratent souvent l’essentiel. Le rendement le plus prévisible de la chaîne, ces cinq dernières années, n’a pas été le cours du BTC. Il a été la valorisation des sociétés qui vendent de la flexibilité au réseau. Une boîte comme Enel a signé des contrats pluriannuels avec des mineurs américains pour leur vendre de l’électricité à prix fixe, et racheter l’effacement à prix variable quand la demande explose. Marge nette de l’opération : entre 15 et 25 % selon les trimestres.

Ce n’est pas sexy. Personne n’en parle sur YouTube.

Pendant ce temps, les marchés financiers classiques continuent de traiter la transition énergétique comme un coût. Une charge qu’il faut bien financer par de la dette. Regardez TotalEnergies : la boîte a investi 5 milliards de dollars dans les renouvelables en 2023, et le cours a stagné. Pourquoi ? Parce que les analystes ne savent pas valoriser une capacité de stockage. Ils savent valoriser un baril. Un baril, ça se compte. Une batterie de 200 MWh qui arbitre les prix de l’électricité entre 14 heures et 19 heures, ça se modélise mal, donc ça se sous-évalue.

J’ai discuté avec un trader d’une salle parisienne l’an dernier. Il m’a dit une phrase que je n’oublierai pas : « Le jour où on saura pricer une batterie comme on price une option sur le pétrole, on aura fait la moitié du chemin. » Il avait raison, et ça n’est toujours pas fait.

Ce que ça change pour un particulier

Faut-il acheter des actions de mineurs cotés ? Franchement, non. La plupart sont trop petites, trop endettées, et leur modèle dépend d’un prix du bitcoin que personne ne contrôle. En revanche, il y a une leçon plus utile à tirer. La flexibilité énergétique devient un actif. Un actif qui se négocie, qui se couvre, qui se spécule. Les outils existent déjà chez certains courtiers pour parier sur les prix de l’électricité en Allemagne ou en France via des contrats à terme. C’est technique, risqué, mais c’est accessible.

Et il y a le solaire résidentiel. Pas pour sauver la planète, ça c’est un autre débat. Pour vendre son surplus à EDF OA à un tarif garanti sur vingt ans. Le tarif d’achat 2024 tourne autour de 13 centimes le kWh pour les petites installations. Avec un prix de gros qui a frôlé les 100 euros le MWh en pointe cet hiver, l’écart est énorme. Ceux qui ont signé un contrat il y a cinq ans s’en frottent les mains.

Le revers de la médaille, c’est le délai de raccordement. Dix-huit mois en moyenne en région PACA. J’ai un voisin qui attend depuis février 2023. Il a installé ses panneaux lui-même, tout fonctionne, mais Enedis n’a toujours pas posé le compteur bidirectionnel. Il regarde sa production partir dans le réseau sans être payé. Ça donne envie de tout envoyer balader.

Miser sur les gagnants silencieux

  • Les fabricants de transformateurs, dont les carnets de commandes sont pleins jusqu’en 2026
  • Les sociétés de pose de câbles sous-marins, qui relient les parcs éoliens offshore au continent
  • Les opérateurs de réseaux électriques, souvent des monopoles régulés avec des rendements garantis de 4 à 6 %

Rien de tout ça ne fait rêver. Aucune de ces lignes ne figurera dans un classement des meilleures actions de l’année. Mais quand on regarde les flux de capitaux sur dix ans, ce sont ces segments qui captent l’argent, pas les mineurs de bitcoins ni les fabricants de voitures électriques. Tesla a perdu 60 % de sa valeur en dix-huit mois. Les câbliers, eux, ont pris 40 %. Cherchez l’erreur.

Je ne dis pas qu’il faut vendre ses bitcoins pour acheter du Nexans. Je dis que le récit médiatique et la réalité des flux financiers ne coïncident presque jamais. C’est vrai pour les cryptos, c’est vrai pour l’énergie. Le seul avantage d’un particulier sur un gérant de fonds, c’est qu’il peut regarder ailleurs sans rendre de comptes à un comité d’investissement.