Quand on parle de revenu passif, on pense immobilier locatif, ETF, parfois crypto. Rarement camping-car. Pourtant, depuis quelques années, on me pose de plus en plus souvent la même question : « Si j’achète un camping-car et que vous le louez pour moi, combien ça rapporte ? »
Je dirige une petite entreprise de location près d’Alicante et une partie de notre flotte appartient à des particuliers. Alors plutôt que de répondre avec des promesses, voici comment le calcul se présente sur le terrain.
Pourquoi l’Espagne change la donne
Le principal problème d’un camping-car en France, c’est la saison. Il travaille de juin à septembre, puis il dort. Sur la Costa Blanca, c’est différent. L’hiver est doux et chaque année des milliers de Néerlandais, Belges, Allemands ou Scandinaves descendent vers le sud. Beaucoup ne veulent plus faire 2 500 kilomètres en voiture : ils prennent un vol pour Alicante et louent sur place.
Résultat, la demande ne s’arrête pas en octobre. Elle baisse, les prix baissent, mais le véhicule continue de tourner. Pour un investisseur, c’est exactement ce qui fait la différence entre un jouet coûteux et un actif.
Le prix d’entrée
C’est là que beaucoup se trompent. Un camping-car neuf de grande marque coûte souvent bien plus de 60 000€. À ce prix, la rentabilité devient difficile, car la décote des premières années mange une bonne partie des loyers.
Nous préférons une autre voie : partir d’un fourgon utilitaire d’occasion et l’aménager nous-mêmes. Un aménagement simple mais complet, avec batterie lithium, panneaux solaires et chauffage diesel, revient autour de 30 000 à 35 000€ véhicule compris. Pour le client qui loue, la différence avec un modèle neuf se voit peu. Pour l’investisseur, elle se voit énormément.
Un exemple de calcul
Prenons un véhicule à 32 000€. En haute saison, un camping-car de ce type se loue autour de 110€ la nuit. Hors saison, nettement moins. Sur une année, en restant prudent, on peut compter environ 120 nuits louées à une moyenne de 90€, soit à peu près 10 800€ de chiffre d’affaires.
Si l’exploitant gère tout (annonces, clients, remise des clés, nettoyage), il prend en général une commission d’environ 20 %. Il reste donc un peu plus de 8 600€. Retirez l’assurance spécifique à la location, l’entretien, les pneus et les petites réparations et on arrive raisonnablement entre 6 000 et 7 000€ net par an.
Rapporté au prix d’achat, cela donne un rendement brut d’environ 20 %. C’est l’ordre de grandeur que nous observons, entre 20 et 25 % selon les années et les véhicules. Il faut cependant garder en tête que ce n’est pas un taux garanti et que la valeur du véhicule baisse avec le temps.
Le propriétaire qui habite sur place peut aussi choisir de gérer lui-même ses clients et ses remises de clés. Dans ce cas, la commission tombe autour de 10 %, mais ce n’est plus vraiment du passif.
Les risques dont on parle trop peu
Un camping-car n’est pas un appartement. Il roule, il s’use et parfois il casse. Un client qui accroche un mur en manœuvrant, une panne de chauffage en pleine semaine de réservation, un pneu crevé sur une petite route de montagne : tout cela fait partie du métier. Une bonne caution, un contrat clair et une assurance adaptée à la location sont indispensables.
Il y a aussi le facteur humain. Chez nous, environ neuf clients sur dix n’ont jamais conduit de camping-car. Cela demande du temps à la remise des clés, des explications, parfois un coup de téléphone le soir quand le chauffe-eau ne démarre pas. Si l’exploitant ne fait pas ce travail sérieusement, ce sont les avis clients qui en pâtissent, puis les réservations.
Enfin, la décote. Un fourgon aménagé perd de la valeur moins vite qu’un modèle neuf de grande série, mais il en perd quand même. Un calcul honnête doit la prendre en compte.
Pour qui ce placement a-t-il du sens ?
Pour quelqu’un qui cherche un rendement totalement passif et sans surprise, probablement pas. Pour quelqu’un qui accepte un actif tangible, un peu de volatilité dans les revenus et qui apprécie de pouvoir utiliser son véhicule quelques semaines par an pour ses propres vacances, c’est une diversification intéressante.
Le plus important est de bien choisir l’exploitant. Avant de signer quoi que ce soit, je conseille de passer une journée sur place, de voir les véhicules, de parler avec l’équipe et de regarder les avis des clients. Une entreprise de location de camping-cars près d’Alicante qui gère déjà des véhicules de particuliers pourra vous montrer des chiffres réels plutôt que des projections.
Comme pour tout investissement, la meilleure protection reste la même : comprendre exactement où va l’argent et ne jamais investir dans un actif qu’on n’a pas vu de ses propres yeux.
